SENEGAL : Musée Théodore Monod d’Art Africain de Dakar en rénovation
Cette belle bâtisse, qui a été le premier siège de la plus prestigieuse institution de recherche créée par les Français en Afrique de l’Ouest dont elle porte aujourd’hui le nom du premier et certainement des plus grand directeur, le naturaliste Théodore Monod, qui a dirigé sans interruption l’Institut Français d’Afrique Noire (I.F.A.N.) de 1936 à 1964, est incontestablement le plus bel édifice de la Place de l’Etoile, qui polarise aussi l’Assemblée Nationale, coeur de la représentation parlementaire du Sénégal Edifié en 1931, dans l’entre deux guerres, ce qui était à l’origine l’hôtel de l’administrateur de la circonscription de Dakar a été construit par le Crédit foncier de l’Ouest africain. La réalisation de cette oeuvre, volontairement monumentale correspond à une période durant laquelle, l’administration coloniale désormais solidement implantée était engagée dans un processus urbanistique qui voulait faire de la capitale de l’Afrique Occidentale Française, une des perles de l’empire. Cette volonté de puissance s’est accompagnée d’un renouveau urbanistique plus raffiné avec une prise en compte de l’histoire architecturale des peuples de la colonie, par opposition à la période éclectique dont l’une des plus fortes représentations est l’actuelle chambre de Commerce et d’Industries de Dakar. La réalisation de l’hôtel de l’administrateur de la circonscription de Dakar, tout comme celle de l’actuel marché Sandaga, ou encore de l’Institut Pasteur, marque un point d’inflexion significatif dans la reconnaissance des cultures locale. Le programme du concours, dressé par l’administration, précise explicitement que l’architecture extérieure devra s’inspirer du nigérien (Tombouctou, Djenné entre autres). Le style néo soudanais était né et cet édifice en est l’un des pionniers, dans un périmètre destiné à devenir la “ vitrine de l’A.O.F. ”, d’où son incontestable valeur historique. L’édifice changera cependant rapidement de fonction pour devenir, dès 1936, le siège de l’Institut Français d’Afrique Noire, destiné à dresser l’inventaire scientifique de l’A.O.F. l’Institut avait été créé, avant tout, pour contribuer à la connaissance scientifique de l’Afrique de l’Ouest, d’en connaître les hommes, le milieu et les ressources pour en tirer, le cas échéant, le meilleur profit possible par une gestion savante des hommes et des ressources. L’IFAN avait la lourde mission de procéder au répertoire systématique de l’Afrique occidentale française aussi bien dans le domaine des sciences de l’homme que de celles de la vie et de la terre. C’est dans ce contexte qu’ont été constituées les collections du Musée d’Art Africain, qui sont, à ce jour, les plus importantes, les plus représentatives et les plus anciennes détenues par un Musée africain. Ces résultats nous les devons avant tout à une volonté politique, celle du Gouverneur général, et à un choix particulièrement judicieux, celui de son premier Directeur le Professeur Théodore Monod qui a su constituer et animer une équipe disposant, il est vrai, de moyens matériels considérables : ceux de la colonie. Il assurera aussi avec succès le transfert de l’IFAN à l’Université dans des locaux plus fonctionnels permettant de consacrer la totalité de son ancien siège à la promotion de l’Art Africain. Sous ce rapport, l’IFAN, en décidant de baptiser le Musée, en son nom, a rendu un hommage mérité à un pionnier. En 1966, tout en conservant son sigle, l’Institut français d’Afrique noire devient l’Institut fondamental d’Afrique noire auquel sera associé le nom de Cheikh Anta Diop en 1986, suite à la disparition de celui qui fut un de ses plus illustres chercheurs. Depuis, les espaces d’exposition de l’ancien hôtel, dont les deux niveaux totalisent environ 600 m2, ont connu plusieurs reconfigurations qui ont fortement bouleversé sa configuration interne avec des cloisonnements et des confinements qui, en de nombreux endroits, cassaient la continuité de l’espace que l’on ne pouvait plus moduler en profondeur. Après avoir abrité une partie des expositions du premier Festival Mondial des Arts Nègres de 1966 et acquis une solide réputation de par le monde, la vieille dame avait bien besoin d’un coup de lifting. L’organisation du Troisième Festival Mondial des Arts Nègres nous donne, enfin, l’heureuse opportunité de mener à bien cette entreprise. Après avoir été retenu pour abriter l’exposition sur les Arts d’Afrique, la rénovation du Musée a bénéficié d’un appui, bien trop rare au Sénégal pour ne pas être relevé. Pour la première fois dans notre pays, une entreprise privée, la SOCOCIM, filiale du Groupe VICAT, accepte de dégager, à travers sa Fondation un budget de plus d’un million d’euros pour la rénovation d’un monument historique. Avec cette subvention et l’expertise avérée de l’entreprise Eiffage Sénégal, le Musée Théodore Monod d’Art Africain sera totalement rénové, des réserves aux combles, aucun espace ne sera laissé au hasard. Les cloisons inutiles seront dégagées, la lumière naturelle filtrée prendra possession des espaces et des accès pour handicapés seront aménagés pour permettre à cette catégorie d’accéder à tous les espaces publics du musée. Un effort particulier sera fait pour la sécurité des réserves aussi bien dans le domaine de la conservation que de la prévention des vols avec un système de surveillance électronique. Avec cette rénovation le musée bénéficiera des standards les plus élevés et pourra retrouver sa place parmi les plus grandes institutions muséales du monde. La fin des travaux est prévue dans deux mois, juste à temps pour permettre le montage de la grande rétrospective d’Art Africain du Troisième Festival Mondial des Arts Nègres.